Montréal c’est comme un « fuck friend ». J’y rends visite seulement quand j’en ai envie, pour un court moment et pour le plaisir. Ça ne dure jamais longtemps et aucun sentiment n’est impliqué dans cette relation amour/haine. Avant j’affirmais haut et fort ne jamais vouloir être une résidente de Montréal. Pourtant, bien malgré moi, j’ai dû y séjourner pendant des semaines.
À l’aube du divorce inévitable de mes parents, ma mère a été diagnostiquée d’un cancer et amenée d’urgence à Montréal pour une opération. Cette journée-là, alors âgée de 6 ans, je me suis couchée tard, à 676 km de ma chambre mauve, dans une résidence de sœur, sur l’île de Montréal, sachant que ma vie ne serait plus jamais la même.
Déjà enfant je détestais bien des choses, dont Montréal, la religion et les serpents! Voilà que je devais résider à Montréal avec des sœurs dans une chambre qui sentait l’église. Probablement par pitié, j’étais la première enfant qu’elles laissaient séjourner dans leur résidence.
Tranquillement, les sœurs m’apprivoisaient. C’était mutuel. Il y avait sœur Aubin qui m’affectionnait beaucoup. Elle me présentait à tout le monde et me parlait jamais de religion. Il y avait cette petite sœur à la coupe champignon qui avait la tâche de la buanderie et qui francisait des immigrants. Elle était si passionnée par la vie.
Il y avait également ces sœurs qui écoutaient le hockey, très fort en tricotant. Je les imaginais, buvant une bière en cachette pendant la Soirée du hockey et ça me faisait bien rire! Puis les soirs, au lieu de retourner à l’hôpital, je restais à la résidence pour y jouer aux cartes. Ça semble ben plate mais quand tu as 6 ans et que tu passes tes journées dans une chambre d’hôpital, c’est une distraction plus qu’agréable!
Ma mère est enfin revenue en région, six mois plus tard. Après une rémission de quelques années, le cancer est revenu en force alors que je terminais l’école primaire. De retour à Montréal, je n’ai pu assister à mon bal des finissants pour lequel je m’étais pleinement investie, ainsi que la fin de semaine au camp Chicobi.
À la place, j’ai dû revivre mon pire cauchemar une deuxième fois.
Puis, la veille de ma rentrée scolaire au secondaire, je quittais Montréal pour une énième fois le cœur lourd d’y repartir sans ma mère. La veille, mon corps avait décidé de m’affliger un stress supplémentaire. Dans une toilette du 6e étage de l’hôpital Sacré-Cœur, j’ai eu mes premières menstruations. Tsé, question de commencer le secondaire en force!
Ma mère est décédée deux mois plus tard, une journée de printemps, juste avant les examens de fin d’année. J’ai mis plusieurs années avant de retourner à Montréal, le cœur n’y était pas…jusqu’à ce que ça devienne nécessaire.
Pour quitter le pays, fallait bien que je passe par l’aéroport.