Chasser le bois

Chasser le bois

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St-Eu saute dans les feuilles rouges et jaunes. Le quai du Lac à Barbottes est floadé ben raide. Les épinettes essaient de faire des bulles avec leur gomme. Rendez-vous du chasseur bonjour. Yvette vient de souhaiter bonne chasse au camp du Castor qui pue. Rendez-vous du chasseur bonjour. Ronald du camp des Bougons vient de tuer un gros buck de 42 pouces de panache ce matin. Rendez-vous du chasseur bonjour. Annie attend son beau gros steak d’orignal. elle va se licher la patte cette année.

Je vais à la chasse à chaque année moé, c’est inmanquable. Je me fais une batch de soupe aux pois pis des tortues aux chocolats. J’mets mon dossard orange fluo pis mes combines à panneaux. J’m’achète une 24 de Wildcat. Et voilà! Ti-Père est à la chasse. C’est mon break de l’année. Celui où je me sens pas lâche de chienner. Un break d’humanité. Te crisser dans le fond d’un bois pis le regarder. Le bois. Celui qu’on prend pas le temps d’admirer. Celui qui te parle mais que tu prends pas le temps d’écouter. Une tache verte qui devient rouge l’automne pis que tu prends le temps de regarder. Parce que y’a changé. Le bois.

J’ai pas de camp moé. Pas de partner de chasse non plus. Tout seul avec ma chaise pliante. Je chasse à la brunante. L’été je vais à la pêche aux poissons à moustaches pis l’automne je chasse le bois. Je me camouffle dans les branchailles pis les quenouilles pis je check. J’ai pas besoin de le caller. Y’est tout le temps là. Y me regarde. On se regarde. Pis c’est de même des heures de temps. Des fois tu l’entends craquer. C’est à cause des bébittes qui se promènent dedans. Les chevaux à panaches qui cherchent à se mettre. Les écureux qui se chicanent pour des peanuts. Les mésanges à têtes blanches qui chantent à travers ses branches. Pis lui y bouge pas. Le bois. Il flotte au-dessus du Lac à Barbottes. C’est son spot.

La cabane des Darveau se fait manger par les mulots. La chasse finit tantôt. Rendez-vous du chasseur bonjour. La Toupinette félicite le camp des BRAV pour la capture d’une femelle hier. Rendez-vous du chasseur bonjour. Les filles à Mario rentrent dans le bois cet après-midi. Allez les chercher! Rendez-vous du chasseur bonjour. Ça raccroché.

J’pense à ça pis… on est toute des chasseurs de bois.

Tant que leur bête est pas à terre, ça regarde dans les airs pis ça espère. Ça check dans le fond de la swomp l’autre bord. Ça beugle des sons bâtards. Ça lâche une pisse entre 2 bouleaux morts pis… ça scrute le paysage. Le bois.

Il le regarde. Ils se regardent pis c’est de même des heures de temps. Leurs yeux chassent. Leurs fusils servent à rien. Ça attend de voir surgir la majesté de la forêt quand devant eux autres y’ont le royaume au grand complet. Pis il se cache même pas en plus. Y’est dans leurs faces pis y bronche pas d’un poil. Le bois. Celui qui te ramènent à l’immobilité. Celui qui te fait prendre le temps de respirer. Celui qui se laisse chasser sans se faire tuer. J’aurai pas de panache à mettre sur mon hood encore cette année. Juste une branche de sapin accrochée après mon mirroir de pick-up.

Rendez-vous du chasseur bonjour. Ti-Père à encore chasser le bois cette année.

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Frédérik Fournier

Frédérik Fournier

Originaire de St-eugène-de-Guigues au Témiscamingue, Frédérik Fournier habite maintenant le quartier Hochelaga depuis 2 ans. Comédien, animateur, conteur et auteur, il écrit des contes poétiques sur plusieurs plates-formes littéraires comme Bleu Panache ou sur son blogue Le Ouèreux. Son cœur est enraciné dans le sol Témiscabitibien, c'est pourquoi il revient à chaque année dans sa région natale pour y faire des spectacles autant pour les petits que pour les grands.
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